Vice & Vertu - Episode 2
Episode 2
Un drôle de client
Le froid est glacial aujourd'hui. Mon corps entier grelotte. Le vent souffle très fort dans la rue. Même si je suis dans une cage d'escalier, je le sens. C'est normal: la porte ne fait que de s'ouvrir et se refermer. Le hall est calme. Seule ma quinte de toux rompt le silence qui y règne. Cela fait un moment que cet immeuble est abandonné et c'est la raison pour laquelle j'y viens quand il fait trop froid. Je ne veux pas travailler. Le problème c'est que mon propriétaire m'a déjà menacée d'expulsion à cause de mes arrièrés de loyers. De toute façon, j'aurai mieux fait de ne pas venir. La zone est déserte aujourd'hui. J'ai bien vu deux ou trois hommes mais ils sont partis avec d'autres femmes. La soirée sera longue. Je le sens. Je crois bien qu'avec la toux que j'ai, je vais me porter malade. Il faudrait normalement se faire soigner mais à quoi bon? Pour demander un arrêt de travail? Dans ma profession, c'est quelque chose qu'on ne connaît pas. Bon tant pis. Je reste encore quelques minutes et si aucun client ne se pointe dans l'instant, je pars.
C'est à ce moment là que je vois qu'un homme entre. Il a l'air perdu. Ou alors il cherche quelque chose. Le genre d'homme qui n'est pas un habitué. Déjà, il est jeune. Il a l'air d'avoir à peine la trentaine. Et puis il n'a pas cet air hagard qu'on les autres hommes à l'affût de chair fraîche. Je l'observe quelques instants puis je suis encore prise par cette horrible quinte de toux. Le jeune homme s'approche de moi.
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C'est à ce moment là que je vois qu'un homme entre. Il a l'air perdu. Ou alors il cherche quelque chose. Le genre d'homme qui n'est pas un habitué. Déjà, il est jeune. Il a l'air d'avoir à peine la trentaine. Et puis il n'a pas cet air hagard qu'on les autres hommes à l'affût de chair fraîche. Je l'observe quelques instants puis je suis encore prise par cette horrible quinte de toux. Le jeune homme s'approche de moi.
"Bonsoir, Mademoiselle. Est-ce que ça va?
Je ne sais pas quoi répondre. Il me regarde dans les yeux. D'habitude, mon visage est complètement ignoré et c'est très rare de croiser le regard. Le sien est perçant, insistant. Il me met mal à l'aise mais pas comme s'il allait me faire du mal, plutôt parce qu'il est plein de bienveillance. Et moi je me sens si sale.
_Oui, ça va, merci, je réponds rapidement en mettant à tousser de plus belle.
_Excusez-moi de vous dire ça, mais je crois que vous êtes malade. Et vous êtes vraiment légèrement habillée par ce froid. Vous permettez que je vous aide?
Je le fixe. C'est étrange. Il me parle normalement. Pas comme une chose ou un animal. Non, il souhaite avoir une véritable discussion avec moi. Je me suis dit que c'est le genre de client qui veut faire l'homme affectueux. Je n'aime pas trop ce type d'homme. Il s'attache et parfois peut devenir plus violent que les autres.
_Je vous ai dit que ça va, merci. Qu'est-ce que vous voulez? je lui demande sur la défensive. Si c'est pour une prestation, ce n'est pas en dessous de 50€.
Il sourit. Son sourire semble emprunt d'une certaine empathie, comme s'il a mal pour moi.
_Non pas du tout. Je ne suis pas venu pour ça. Mon nom est Osée. Et vous?
Je ne réponds pas et je recule tout simplement. C'est peut-être un flic. Ca, c'est le pire. Ils peuvent t'arrêter, te soutirer des infos ou même exiger des services gratuits pour te faire chanter.
_Pourquoi vous voulez savoir mon nom? Vous êtes de la police?
Osée reprend son air grave. Il ouvre la bouche pour parler quand un client entre.
"Il a l'air d'avoir à peine la trentaine. Et puis il n'a pas cet air hagard qu'on les autres hommes à l'affût de chair fraîche."
"Il a l'air d'avoir à peine la trentaine. Et puis il n'a pas cet air hagard qu'on les autres hommes à l'affût de chair fraîche."
_Hé ma jolie, je t'ai cherchée partout aujourd'hui. Alors c'est ok?
Il veut me prendre le bras mais Osée lui barre le chemin.
_Monsieur, vous voyez bien que cette femme est avec moi, non?
L'homme regarde Osée de haut de bas. Il n'est pas très imposant en muscles mais sa relative grande taille _il doit faire environ 1m 90_ par rapport à mon client l'a fait fuir.
_Ok, ma belle! Ce n'est que partie remise! Et le client sort du hall.
Osée me regarde à nouveau. Il porte une veste en daim de bonne qualité avec col roulé beige. Le voilà qu'il enlève sa veste et me la tend.
_Vous êtes sûre que vous voulez rester ici? Permettez-moi de vous proposer quelque chose à boire pour vous réchauffer. Ne vous en faites pas, c'est gratuit.
Je ne sais pas pourquoi mais ce jeune homme m'inspire confiance alors je le suis. Je mets donc la veste sur mes épaules. Elle est chaude et confortable. A une centaine de mètres de l'immeuble abondonné, je vois une sorte de bâtiment tout simple avec un panneau marqué "EGLISE EVANGELIQUE", en lettres capitales. Je n'ai jamais remarqué cet endroit. Pendant que nous y allons, Osée m'explique qu'il est le pasteur de cette église, c'est-à-dire qu'en gros, il est le responsable. Leur communauté organise des repas le soir une fois par semaine pour toutes les personnes en difficulté comme des SDF ou des réfugiés en situation précaires .
_Nous avons des boissons chaudes et des biscuits. Vous pouvez en prendre tant qu'il vous plaira, me dit Osée en souriant.
Nous sommes entrés dans ce qui doit être le hall de l'église; une pièce peu décorée avec des tables dressées. Pluseurs personnes se servent. Il y a une chaleur, une joie. Quelque chose que je n'ai jamais ressenti auparavant. Je prends un thé et des biscuits et je m'assois dans un coin. J'observe les gens. Personne n'a l'air particulièrement gêné de me voir. Osée qui parle à tout le monde à l'air d'être apprécié. Il discute avec un homme d'un certain âge qui semble handicapé, il porte le bébé d'une jeune fille, il discute avec une femme âgée. Enfin, il vient vers moi. Toujours avec le même ton calme et paisible, il me dit :
_Je vois que vous ne toussez plus. Ca fait plaisir de voir que vous allez mieux.
Les larmes roulent sur mes joues. C'est la première fois depuis que je fais ce métier, qu'un homme s'occupe de moi, s'inquiète pour moi et se réjouit parce que je vais bien.



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