Vice & vertu - Episode 1
Episode 1
Un métier pas comme les autres
La journée commence tard chez moi. En général à une heure où tout le monde sort du travail. Je me réveille en vérifiant toujours qu'il n'y a personne à côté de moi. C'est étrange comme réflexe mais pour moi c'est essentiel. Après avoir pris ma pilule, je prends une douche. C'est le moment que je préfère. A ce moment là, je suis détendue. Même si je suis dans un deux pièces dans le 10ème arrondissement de Paris, le bruit de l'eau me fait voyager tellement loin, que j'ai l'impression d'être près de la mer. La sensation de propreté me permet de me sentir bien.
Après avoir pris le temps de m'habiller et de me coiffer, je prends un long moment pour me maquiller. Pour moi, c'est le plus important pour travailler. Il faut que mon visage soit impeccable. Il doit ressembler au visage d'une poupée. Le maquillage, c'est pour être belle mais c'est surtout pour cacher qui je suis. J'ai beaucoup trop honte de l'affronter. Quand je travaille, on ne s'occupe pas de mon visage, il est comme un accessoire dont on prend soin. Comme des chaussures. Une fois maquillée, je suis parée. Je fais aussi attention à bien ranger mes affaires. J'ai mon nécessaire de beauté, un déodorant en spray en cas d'urgence, pour sentir bon mais également en cas d'agression et un portefeuille, avec mes papiers au cas où. C'est très important d'avoir ce qu'il faut pour ne pas avoir trop de souci avec les forces de l'ordre. Maintenant que tout est prêt, je peux y aller.
***
"Le maquillage, c'est pour être belle mais c'est surtout pour cacher qui je suis. J'ai beaucoup trop honte de l'affronter."
C'est un peu stressant mais j'ai fini par m'habituer. Il fait froid ce soir. Mes jambes tremblent légèrement. Ma démarche est droite, pourtant. Je porte des sacs de shopping pour faire croire que je viens de faire des achats. Les gens que je croise dans la rue ont l'air de se demander où je vais. Ils jettent un oeil sur mes vêtements moulants et particulièrement courts pour la saison. J'ai fini par ne plus faire attention aux regards des passants. Je marche plus vite, histoire de les éviter. Je suis presque à destination, quand un homme m'arrête. Il semble avoir une petite cinquantaine. Je l'ai déjà vu.
"Salut, dit-il en me serrant le bras. Tu es dispo, maintenant?
Sa main me fait un peu mal. Je n'aime pas trop commencer à bosser quand je ne l'ai pas encore décidé. Et puis, je pense à mon compte en banque.
_Salut, oui je suis dispo. Comme d'habitude?
_Tu me connais! dit l'homme. Fais-moi rêver.
***
Il me donne le montant qui correspond. C'est le genre d'homme que je croise dans ma zone. Des hommes d'environ 50 ou 60 ans qui souhaitent sortir de leur quotidien. Ils finissent par tomber dans une routine encore plus malheureuse. Après lui avoir fait bénéficié de mes services, il me donne l'argent, ce pourquoi je suis là. Je n'ose pas regarder. Je ne peux m'empêcher de me demander systématiquement si ma dignité est aussi peu chère. Il y en aura 11 ce soir-là. Des habitués. Des nouveaux. Des violents. Des bavards. Des silencieux. Des clients. Des hommes. Je ne les vois plus. Je préfère ne pas y penser. La réalité est trop crue.
Je m'appelle Gomer. Je suis prostituée.


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