Un juge injuste - Episode 3
Episode 3
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11:47. Les auditions des deux hommes dans l'affaire de meurtre avec prémédition a été longue. Elles m'ont épuisées. Je n'avais qu'une seule envie: manger. Les versions des deux hommes sont concordantes mais plutôt comme des personnes qui cherchent à se couvrir que comme des innocents qui racontent leur journée. De toute façon dans ma profession, je considère tout le monde comme a priori coupable. Je n'y peux rien, c'est comme ça. Je suis donc sorti de la salle d'audition et alors que je me dirigeais vers la sortie pour aller chercher de quoi me restaurer, Maïsha vient à ma rencontre.
"M. Himmer! Il faut vraiment que vous veniez dans votre bureau. C'est très urgent.
_Quoi encore, Maïsha? je réponds excédé. J'ai passé plus de deux heures avec des menteurs. J'espère que vous me racontez quelque chose qui en vaut la peine!
Elle reprend son souffle.
_M. Himmer, c'est au sujet de Mme Liam. Elle insiste. Je vous en prie...
Je vois bien qu'elle est désespérée dans son regard. J'adore me sentir indispensable.
_Maïsha, je dois aller en pause. Débrouillez-vous! Je lui dis en faisant un geste de la main pour qu'elle me cède le passage.
Je m'attends à ce qu'elle m'implore, qu'elle me supplie, voire même qu'elle en pleure. Ce ne serait pas la première fois que je réussisse à faire pleurer une stagiaire. Pourtant, elle ne cille pas, elle ne faiblit pas. Elle reste droite et ne réponds pas. Elle continue de me regarder dans les yeux. Sa détermination est d'autant plus admirable qu'elle me connaît et sait que je n'apprécie en aucun cas qu'on me tienne tête. Elle inspire profondément et déclare le plus calmement du monde:
_M. Himmer, il s'agit d'une affaire que vous avez géré il y a des années alors que je n'étais même pas encore au lycée. C'est à peine si je savais ce que le droit signifiait à l'époque. Cette femme vous a appelé une dizaine de fois aujourd'hui et à moins que vous me donniez le pouvoir de décision sur une affaire d'une dizaine d'années pour laquelle je n'ai aucun rapport, aucune information et aucune donnée, je ne me permettrais pas de prendre le moindre risque concernant la vie ou la mort d'une personne avec des conséquences irreversibles sur sa vie entière.
Je fixe Maïsha dans les yeux. Quelle audace! Je n'ai jamais rencontré une stagiaire ou même un collègue qui a déjà osé me parler avec autant d'assurance et d'humilité en même temps sans que j'ai envie de le mépriser. Je fais donc demi-tour vers mon bureau. Sans un mot, j'ouvre la porte. Je vois, une dame assise sur la chaise située en face de mon bureau. Elle a l'air âgée. Elle est voutée. Elle tient un sac en cuir qui doit être de qualité mais assez ancien entre les mains. Elle n'arrête pas de le malaxer dans tous les sens. Quand elle parvient à réaliser que je suis dans la pièce, elle se lève.
_Maïsha, vous ne m'avez pas dit qu'elle était déjà...
Je me tourne derrière moi, Maïsha a disparu. Je m'occuperai d'elle plus tard. Je m'adresse à la dame.
_Bonjour, Mme Liam... c'est ça?
_Bonjour, M. le juge, dit-elle, avec un sourire. Je dois absolument vous parler. Cela fait un moment que je cherche à vous voir.
Je m'assieds à mon bureau. Je sens qu'elle est stressée. Rencontrer un juge, même un juge d'instruction et même hors audience, reste impressionnant. Cela ne me déplaît pas forcément.
_M. le juge, continue la vieille femme, il faut absolument revoir une affaire pour laquelle vous avez statué il y a 15 ans. Ca concerne mon mari. Il a été condamné des années pour un délit qu'il n'a pas commis... Il faut revenir sur son affaire, je vous en supplie.
Je croise mes bras. En général, quand je le fais c'est très mauvais signe. Elle me demande de revenir sur le jugement d'une affaire de 15 ans environ pour son mari. Mais elle croit que ça se passe aussi facilement? J'essaye de lui expliquer le plus sereinement possible que nous ne pouvons pas revenir sur une condamnation comme ça, à moins qu'elle n'ait de nouveaux éléments qui nous permettent de réexaminer le dossier. Il faudrait, par exemple, auditionner son mari. Cela risque de prendre du temps...
_C'est impossible, coupe Mme Liam pendant mon exposé.
_Qu'est-ce qui est impossible? Que cela prenne du temps? Madame, nous n'avons pas le choix, le temps de consulter votre avocat et de...
_C'est impossible d'auditionner mon mari, elle répète impassible.
_Je peux savoir pourquoi? je demande impatient.
Après quelques minutes de silence, Mme Liam murmure:
_Il est mort."
Fin de l'épisode 3
_Maïsha, je dois aller en pause. Débrouillez-vous! Je lui dis en faisant un geste de la main pour qu'elle me cède le passage.
***
_M. Himmer, il s'agit d'une affaire que vous avez géré il y a des années alors que je n'étais même pas encore au lycée. C'est à peine si je savais ce que le droit signifiait à l'époque. Cette femme vous a appelé une dizaine de fois aujourd'hui et à moins que vous me donniez le pouvoir de décision sur une affaire d'une dizaine d'années pour laquelle je n'ai aucun rapport, aucune information et aucune donnée, je ne me permettrais pas de prendre le moindre risque concernant la vie ou la mort d'une personne avec des conséquences irreversibles sur sa vie entière.
Je fixe Maïsha dans les yeux. Quelle audace! Je n'ai jamais rencontré une stagiaire ou même un collègue qui a déjà osé me parler avec autant d'assurance et d'humilité en même temps sans que j'ai envie de le mépriser. Je fais donc demi-tour vers mon bureau. Sans un mot, j'ouvre la porte. Je vois, une dame assise sur la chaise située en face de mon bureau. Elle a l'air âgée. Elle est voutée. Elle tient un sac en cuir qui doit être de qualité mais assez ancien entre les mains. Elle n'arrête pas de le malaxer dans tous les sens. Quand elle parvient à réaliser que je suis dans la pièce, elle se lève.
_Maïsha, vous ne m'avez pas dit qu'elle était déjà...
"Je fixe Maïsha dans les yeux. Quelle audace! Je n'ai jamais rencontré une stagiaire ou même un collègue qui a déjà osé me parler avec autant d'assurance et d'humilité en même temps sans que j'ai envie de le mépriser."
Je me tourne derrière moi, Maïsha a disparu. Je m'occuperai d'elle plus tard. Je m'adresse à la dame.
_Bonjour, Mme Liam... c'est ça?
_Bonjour, M. le juge, dit-elle, avec un sourire. Je dois absolument vous parler. Cela fait un moment que je cherche à vous voir.
Je m'assieds à mon bureau. Je sens qu'elle est stressée. Rencontrer un juge, même un juge d'instruction et même hors audience, reste impressionnant. Cela ne me déplaît pas forcément.
_M. le juge, continue la vieille femme, il faut absolument revoir une affaire pour laquelle vous avez statué il y a 15 ans. Ca concerne mon mari. Il a été condamné des années pour un délit qu'il n'a pas commis... Il faut revenir sur son affaire, je vous en supplie.
Je croise mes bras. En général, quand je le fais c'est très mauvais signe. Elle me demande de revenir sur le jugement d'une affaire de 15 ans environ pour son mari. Mais elle croit que ça se passe aussi facilement? J'essaye de lui expliquer le plus sereinement possible que nous ne pouvons pas revenir sur une condamnation comme ça, à moins qu'elle n'ait de nouveaux éléments qui nous permettent de réexaminer le dossier. Il faudrait, par exemple, auditionner son mari. Cela risque de prendre du temps...
_C'est impossible, coupe Mme Liam pendant mon exposé.
_Qu'est-ce qui est impossible? Que cela prenne du temps? Madame, nous n'avons pas le choix, le temps de consulter votre avocat et de...
_C'est impossible d'auditionner mon mari, elle répète impassible.
_Je peux savoir pourquoi? je demande impatient.
Après quelques minutes de silence, Mme Liam murmure:
_Il est mort."
Fin de l'épisode 3



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